La médaille d’honneur du travail récompense l’ancienneté d’un salarié, et s’accompagne souvent d’une prime versée par l’employeur. La loi de finances 2026 a supprimé l’exonération d’impôt sur le revenu dont bénéficiait cette gratification, tout en laissant subsister une tolérance sociale temporaire. Le prix réel de la médaille du travail pour le salarié comme pour l’entreprise dépend désormais d’un calendrier fiscal et social qu’il faut maîtriser précisément.
Prime médaille du travail et convention collective : ce que l’employeur verse vraiment
Aucune loi n’oblige un employeur à verser une prime lors de la remise de la médaille du travail. L’obligation, quand elle existe, provient de la convention collective, d’un accord d’entreprise ou d’un usage interne établi.
Le montant varie selon le secteur. Certaines conventions prévoient un calcul indexé sur le salaire mensuel de base, d’autres fixent un forfait par échelon. Dans la pratique, la gratification représente souvent l’équivalent d’un mois de salaire, parfois davantage pour les échelons les plus élevés.
- La médaille d’argent est attribuée après vingt ans de services, la médaille de vermeil après trente ans.
- La médaille d’or sanctionne trente-cinq ans d’ancienneté, la grande médaille d’or quarante ans.
- Les congés maternité, accidents du travail et maladies professionnelles sont assimilés à du temps de travail pour le calcul de l’ancienneté.
La demande de médaille n’est jamais automatique. Elle doit être déposée par le salarié ou par l’employeur (avec accord du salarié) sur le site dématérialisé du service public. Un point que beaucoup de services RH négligent : sans la médaille officielle, la prime n’ouvre droit à aucun régime de faveur, même transitoire.

Fiscalité de la prime médaille du travail depuis 2026 : la fin d’une niche
Jusqu’au 31 décembre 2025, la gratification liée à la médaille du travail était exonérée d’impôt sur le revenu. Cette exonération a été supprimée par le 5° de l’article 17 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026).
Depuis le 1er janvier 2026, la prime est imposable dès le premier euro. Elle s’ajoute au revenu imposable du salarié au titre de l’année de perception, exactement comme n’importe quelle prime exceptionnelle.
Cette suppression s’inscrit dans un mouvement plus large de nettoyage des niches fiscales. La même loi a mis fin à l’exonération dont bénéficiaient les traitements liés à la Légion d’honneur. Le législateur a considéré que ces dispositifs ne se justifiaient plus au regard de leur coût budgétaire.
Impact concret sur le bulletin de paie
Pour un salarié dont le taux marginal d’imposition se situe dans les tranches intermédiaires, l’imposition de la prime représente une ponction significative. Un mois de salaire brut versé en gratification génère un supplément d’impôt qui peut surprendre au moment de la déclaration.
L’employeur, de son côté, doit désormais intégrer cette prime dans la base de calcul du prélèvement à la source. En pratique, cela signifie que le net versé au salarié diminue par rapport à ce qui se faisait avant 2026, à montant brut identique.
Exonération sociale en 2026 : la tolérance temporaire du BOSS
La suppression de l’exonération fiscale aurait logiquement dû entraîner la disparition immédiate de l’exemption de cotisations sociales, puisque cette dernière était calquée sur le régime fiscal (circulaire du 22 avril 2000).
La Direction de la Sécurité Sociale a choisi une voie de transition. À titre de tolérance, l’exonération de cotisations sociales et de CSG-CRDS perdure jusqu’au 31 décembre 2026, dans la limite généralement admise d’un mois de salaire de base. Cette position a été confirmée par une mise à jour du BOSS (Bulletin Officiel de la Sécurité Sociale) en avril 2026.
Pour l’employeur, cela signifie qu’en 2026, la prime médaille du travail reste exempte de charges sociales patronales et salariales si elle ne dépasse pas le plafond. Le coût employeur de la gratification reste donc contenu cette année, ce qui n’est plus le cas à compter de janvier 2027.
Ce qui change au 1er janvier 2027
À partir du 1er janvier 2027, toute exonération sociale disparaît. La prime sera soumise à l’ensemble des cotisations sociales (Urssaf, retraite complémentaire, CSG-CRDS) en plus de l’impôt sur le revenu.
Le surcoût pour l’entreprise sera notable. Sur une gratification équivalant à un mois de salaire, les charges patronales représentent une fraction importante du montant brut. Certaines entreprises pourraient revoir à la baisse le montant des primes, voire supprimer la pratique si aucune convention collective ne les y contraint.

Cumul prime médaille du travail et prime de partage de la valeur (PPV)
La prime de partage de la valeur (PPV, ex-prime Macron) et la gratification médaille du travail sont deux dispositifs distincts, avec des régimes juridiques séparés. Rien n’interdit à un employeur de verser les deux la même année au même salarié.
En revanche, leurs régimes de faveur ne se cumulent pas mécaniquement. La PPV conserve ses propres conditions d’exonération (plafonds, conditions de versement, affectation possible à un plan d’épargne salariale), tandis que la prime médaille du travail suit désormais le calendrier décrit plus haut.
Un salarié qui perçoit les deux primes en 2026 bénéficie encore de l’exonération sociale sur la gratification médaille, tout en profitant du régime spécifique de la PPV. Ce cumul reste possible en 2026 mais perd une partie de son intérêt à partir de 2027, quand la prime médaille sera intégralement chargée.
Coût total de la médaille du travail pour l’entreprise : un calcul à refaire
Le prix de la médaille du travail ne se limite pas à la prime. L’entreprise supporte aussi le coût de la médaille physique (quelques dizaines d’euros selon le métal et le fournisseur), l’organisation éventuelle d’une cérémonie, et le temps administratif de constitution du dossier.
Avec la fin programmée des exonérations, le coût global augmente mécaniquement. Un tableau comparatif résume la situation :
| Année | Impôt sur le revenu | Cotisations sociales |
|---|---|---|
| Jusqu’à 2025 | Exonérée | Exonérée (dans la limite d’un mois de salaire) |
| 2026 | Imposable | Exonérée (tolérance DSS) |
| À partir de 2027 | Imposable | Soumise à cotisations |
Les entreprises dont la convention collective impose une gratification ont intérêt à anticiper ce surcoût dans leur budget masse salariale 2027. Celles qui versent la prime par usage pourront décider de la maintenir, de la réduire ou de la transformer en avantage non monétaire (jours de congés supplémentaires, abondement d’un plan d’épargne).
La médaille d’honneur du travail conserve sa valeur symbolique de reconnaissance de l’ancienneté. Son traitement fiscal et social, lui, rejoint le droit commun. Les salariés proches d’un échelon ont tout intérêt à déposer leur demande avant fin 2026 pour bénéficier de la dernière fenêtre d’exonération sociale encore ouverte.


