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DCNS et les débuts de l'aventure EMR...

Christophe Dorignac est responsable des chantiers extérieurs énergie chez DCNS*. Un vaste domaine qui couvre aussi les projets dans le secteur des énergies marines renouvelables. Il est chargé de mettre en place les équipes et d’assurer la mise en œuvre et le suivi des projets. DCNS travaille sur toutes les techniques d’EMR : éoliennes flottantes, hydroliennes, houlomoteurs et énergie thermique. Notre interlocuteur nous a surtout parlé des projets hydroliens...

"Tout est à faire, tout est à inventer.
On part d'une page blanche et c'est passionnant !"
 

Chez DCNS*, l’hydrolien est toujours en incubation. Le travail sur le premier prototype d’hydrolienne n’est pas encore terminé. « Nous sommes en phase de validation d’un concept qui implique un très gros investissement. Nous sommes sur une page blanche avec une part de totale invention dans tous les métiers, et c’est passionnant ! » s’exclame Christophe Dorignac, responsable des chantiers extérieurs énergie dans l'entreprise. « On avance pas à pas, poursuit-il, et il y a un vrai décalage entre le tapage médiatique autour des EMR et la réalité des projets. »
Le premier prototype d’hydrolienne immergé par DCNS sur un site d’essais au large de Paimpol-Bréhat (22) n’était pas connecté au réseau électrique. En 2015, l'entreprise commencera la réalisation d’un prototype de deuxième génération  en connectant deux turbines pour créer une mini ferme raccordée au réseau électrique. Et, en 2016, dans la baie de Fundy, près de Halifax au Canada (c’est le plus gros gisement de courants au monde), sera mis en chantier un prototype de présérie.
 

DCNS.
DCNS est un groupe industriel français spécialisé dans l'industrie navale
militaire, l'énergie nucléaire civile et les infrastructures marines.
Le groupe emploie plus de 13 000 personnes réparties dans 14 sites
en France et dans un nombre croissant d'implantations
à l'étranger, Brésil, Inde, Malaisie, Irlande, etc.
Héritier des arsenaux français, il est à 64% détenu par l’État français.
L’entreprise investit aujourd’hui dans quatre technologies du secteur
des énergies marines renouvelables : les hydroliennes, l’énergie thermique
des mers, les éoliennes flottantes et l’énergie houlomotrice.
* Depuis la publication de cet article, DCNS a changé de nom en 2017 pour devenir Naval Group.
Infos : www.naval-group.com

 

Le gisement du Raz Blanchard

DCNS prépare un dossier de candidature pour la création d’une ferme de 8 hydroliennes dans la période 2016-2018 dans le Raz Blanchard (1). Ce projet fait suite à un appel à manifestation d’intérêt  lancé par les pouvoirs publics. « Il nous permettrait de valider le modèle de série. » Il s’agit d’un gisement énorme avec un potentiel d’installation de 50 à 100 machines par an ! L’usine de construction serait implantée à Cherbourg au plus près du gisement. Deux autres concurrents sont dans la course, Siemens et Alstom, des spécialistes des turbines, mais pas de la mer comme DCNS. Suite à ces différents projets et expérimentations, « nous allons monter en puissance jusqu’en 2020 avant de nous lancer réellement dans l’industrialisation des hydroliennes.»

 

Voyage au coeur d'une turbine... Le premier prototype d'hydrolienne est mis au sec pour observation sur un quai du port de Brest ... (cliquez sur l'image)

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Quels métiers dans les EMR ?

Christophe Dorignac souligne qu’il faut deux éléments pour être performant dans les EMR : des compétences techniques et un état d’esprit particulier. « Dans le domaine des EMR, tout est à faire, à créer, à inventer car nous partons d’une page blanche. Nous n’avons pas, ou peu, d’expérience en la matière, il faut innover, accepter l’inconnu, être réactif, et passionné », s’enthousiasme-t-il.
Les ingénieurs, chercheurs et techniciens de DCNS maîtrisent, certes, le côté naval, la construction de navires et d’équipements offshore, mais, dans les EMR, la création et l’installation des machines font aussi appel à d’autres connaissances. Ils doivent donc aussi savoir s’entourer d’experts en biologie, hydrologie, géologie, etc. afin de connaître les fonds marins, la faune et la flore, les courants… Des éléments essentiels dans tout projet EMR.

 

 

La logistique, un véritable défi

L'esprit d’innovation s’impose aussi en matière de logistique ; le transport d'éléments très volumineux se fera-t-il  par la route ou par la mer ? Avec quels moyens ? Où les trouver ? Faut-il en inventer ? Idem pour l’organisation des chantiers : quels engins de levage et d’assemblage sont-ils nécessaires ? Le job de Christophe Dorignac est aussi de trouver les professionnels capables de gérer toutes ces phases sans perte de temps… ni d’argent. Un métier industriel classique, mais « avec des défis permanents car nous n'avons que peu d’expérience dans ce domaine.»

 

 

Un personnel inventif, créatif, imaginatif

La fabrication et l’assemblage des machines en EMR se font par des procédés industriels classiques mettant en œuvre des métiers connus, soudeur, mécanicien-monteur, manutentionnaire, chaudronnier, électricien, électromécanicien… Et aussi des professionnels spécialisés dans la planification du montage en série de structures très volumineuses. « C’est un peu comme dans la construction navale, sauf que les objets, en éolien ou en houlomoteur, sont nouveaux, et les lieux d’exercice beaucoup plus variés. Il nous faut des personnes inventives, précurseuses, imaginatives … Et qui aiment travailler en équipe. »
« Pour l'installation des équipements EMR en mer, il faut des techniques et des professionnels proches de l’offshore, mais on en manque en France », déplore Christophe Dorignac. On se retrouve toujours face au même  problème :  les moyens nécessaires pour installer les engins en mer sont à la dimension de ceux-ci, c'est-à-dire très lourds, de grandes dimensions, et très coûteux. Ce sont souvent des professionnels de la marine marchande qui se reconvertissent ou se spécialisent. Pour l’instant, DCNS mise sur la formation en interne et le recrutement de personnels possédant une expérience dans l’offshore.

 

Parcours. Du bâtiment à l'énergie...
Le parcours de Christophe Dorignac a de quoi surprendre...
« J’ai travaillé un bout de temps sur une plate-forme pétrolière, puis aux Chantiers de l’Atlantique
(STX aujourd’hui) pour construire des paquebots.
Chez DCNS, j’ai été chef de projet pour le construction
de deux navires de la Marine nationale.
Tout ça avec une formation initiale d’ingénieur en bâtiment et génie civil...
En fait, les compétences et savoir-faire acquis dans ce secteur, en gestion de projet,
mécanique, résistance des matériaux,etc. sont aisément transférables
dans la construction navale. »

 

 

Quels personnels pour exploiter et entretenir les machines ?

Quels personnels faut-il pour assurer la maintenance des éoliennes ou des hydroliennes en mer ? Pour Christophe Dorignac, « tout est à inventer ». Faut-il des marins et/ou des mécaniciens, électrotechniciens… Ou des professionnels avec une double compétence ? D’après lui, la solution la plus logique serait de donner une formation maritime aux électrotechniciens, mécaniciens et maintenanciers plutôt que de former des marins à ces techniques.
Il faut également des automaticiens, pour le pilotage des installations à distance, et des marins pour le transport du personnel qui travaille en mer sur les parcs d’éoliennes et les fermes d’hydroliennes.
Actuellement, les bateaux nécessaires au transport rapide de 50 personnes sur site, avec le matériel et les engins pour contrôler les installations, n’existent pas en Bretagne. Il faut concevoir et construire des navires spécifiques et former des équipages.
Les inspections sous-marines des installations électriques et les petits dépannages sont assurés par des  plongeurs en scaphandre. Ils ne peuvent rester qu’une heure maximum sous l’eau. Aujourd'hui, vu le faible nombre d’installations d’EMR, DCNS va chercher en Ecosse des plongeurs formés à l'entretien des plateformes pétrolières offshore mais, avec le développement des EMR en Bretagne, il faut prévoir d’en former dans la région.
Comme l’a laissé entendre à plusieurs reprises Christophe Dorignac, tout est à faire dans les EMR, on n’est qu’au début de l’aventure...


 

(1)    Le raz Blanchard désigne le passage, avec  l'un des courants de marée les plus puissants d'Europe, situé dans la Manche, entre la pointe ouest du cap de la Hague et l'île anglo-normande d'Aurigny.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié le 07/11/2014