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Juge des enfants. Sanctionner et surtout protéger...

Christophe Latil est juge des enfants. Magistrat aux deux visages, il protège les mineurs en danger, c’est sa priorité, et il juge ceux qui commettent des infractions ou des délits.

  

Un métier à risques

"Je sortais juste de l'Ecole de la magistrature, j'effectuais le remplacement d'un juge des enfants. Téléphone. C'est un éducateur qui me demande si j'autorise un enfant placé en famille d'accueil à passer trois jours chez ses parents. En prenant connaissance des faits exposés dans le dossier et pour lesquels l'enfant avait été éloigné de ses parents, j'ai d'abord pensé que ce n'était même pas envisageable. Trop dangereux pour l'enfant. J'ai cependant donné mon autorisation après avoir entendu ce que l'éducateur avait observé dans la famille... C'est un métier dans lequel il faut prendre des risques, mais des risques soigneusement évalués."
Christophe Latil est juge des enfants depuis dix ans au tribunal de St-Brieuc. "J'exerce en fait deux métiers différents : je protège les mineurs en danger et je juge ceux qui commettent des infractions ou des délits." Ce sont parfois les mêmes... "Je privilégie l'assistance éducative qui représente de 70 à 80% de mon activité, le pénal en occupant le quart environ."


 

Aider les familles à mieux vivre

Autre dossier : une bagarre en famille, alcoolisme, la police alertée intervient et trouve, en plus des adultes impliqués, quatre jeunes enfants au domicile. "La plupart du temps, je commence par rencontrer tout le monde, les enfants, les parents, les travailleurs sociaux... Je confronte, j'explique, je m'adresse même aux très jeunes. Il faut les écouter, savoir se mettre à leur portée, pour voir ce qu'on peut faire pour eux." Tout, ou presque, se passe dans le bureau du juge. Pas de robe ici, le juge reçoit en civil, quatre à cinq familles par matinée, quatre jours par semaine. "Les audiences au tribunal sont rares, une fois par mois en moyenne, elles concernent les cas les plus graves, au pénal." Le juge a un regard extérieur sur les situations. "Dans mes décisions, placement, droit de visite, etc. je cherche toujours l'adhésion des parents. Je leur dis : "nous sommes là pour vous aider à mieux vivre". Pour moi, la protection des enfants passe par l'aide aux familles."


 

Pas de routine

Quand l'affaire n'est pas criminelle, le juge des enfants instruit le dossier, juge et suit l'application de la peine. "On a un pouvoir énorme et de lourdes responsabilités. Les cas sont parfois violents, les faits difficiles à accepter. C'est un métier qui met les nerfs à rude épreuve." Difficile parfois de trouver le sommeil... "Mais c'est aussi un métier passionnant. Parfois on me remercie, plusieurs années après les faits... Les relations avec les familles, avec les travailleurs sociaux, évitent tout risque de routine."


 

La vocation depuis la 5e...
Après avoir été tenté par le métier de psychiatre ("mais mon niveau en maths ne m'aurait pas permis de réussir en médecine"), puis celui d'avocat ("mais je n'étais pas assez entrepreneur pour m'installer en libéral"), Christophe Latil arrête son choix sur la profession de juge des enfants dès la classe de 5e .
Bac littéraire en poche, il entre en fac de droit ("je m'y suis senti comme un poisson dans l'eau"), empoche une maîtrise et réussit le concours d'entrée à l'Ecole nationale de la Magistrature (ENM). En parallèle à ses études de droit, il obtient aussi un diplôme en sciences pénales et criminelles ("de nombreux professionnels y enseignaient, psychologues, pédo-psychiatres, criminologistes...).
A sa sortie de l'ENM, il débute au tribunal d'instance, traitant des dossiers de surendettement, des affaires matrimoniales... Il affirme ensuite sa jeune autorité comme juge d'instruction pendant cinq ans. "La formation de magistrat permet en fait d'exercer plusieurs métiers, selon les opportunités et ses intérêts."

 

 

L’école des magistrats
Juge des enfants, substitut, juge de l’application des peines... Les magistrats sont tous formés à la même école : l’Ecole nationale de la magistrature à Bordeaux.
On y entre sur concours avec un niveau bac+4 minimum, soit une première année de master (M1), ou avec le diplôme d’un IEP (Institut d’études politiques).
La formation s’étale sur 31 mois et alterne théorie et pratique. Les élèves, appelés «auditeurs de justice», sont accueillis en février et s’installent dans leur premier poste en septembre de l’année n+2.
Comme les élèves avocats, ils prêtent tous serment à leur entrée en formation : «Je jure de garder religieusement le secret professionnel et de me conduire en tout comme un digne et loyal auditeur». Ce qui leur permet d’accéder aux dossiers lors de leur formation.
En fin de cursus, les auditeurs suivent une «préparation aux premières fonctions» : 6 semaines de théorie et 10 semaines de stage.
Devenir magistrat, des infos très complètes sur le site de l’ENM : www.enm.justice.fr



   

Article publié le 25.01.2011