Quand Derichebourg publie ses résultats du premier semestre 2025-2026, le chiffre d’affaires de 1,829 milliard d’euros et la hausse de 7,9% ne s’expliquent pas par une seule variable. Derrière la performance du groupe, le cours des métaux ferreux et non ferreux joue un rôle structurant, mais il ne suffit pas à comprendre pourquoi les marges progressent ou reculent. La relation entre prix des métaux, recyclage de batteries et résultats de Derichebourg est plus mécanique qu’il n’y paraît.
Cours du cuivre et de l’aluminium : comment ils pèsent sur la marge de recyclage
Un centre de tri Derichebourg achète des gisements, sépare les matières et revend les flux valorisés sur les marchés. Lorsque le cours du cuivre monte, la valeur du flux récupéré augmente sans que le coût de collecte suive nécessairement au même rythme. C’est là que la marge s’élargit.
Sur le premier semestre 2025-2026, le groupe a bénéficié d’une hausse combinée des volumes de ferrailles et des prix du cuivre et de l’aluminium. Ces deux effets se sont renforcés mutuellement : plus de volumes traités et des métaux mieux valorisés, ce qui explique le relèvement des perspectives annuelles annoncé en mai 2026.
L’effet est symétrique à la baisse. Quand les cours corrigent, la valeur des stocks en cours de traitement se déprécie et les marges unitaires se compriment, même si les volumes restent stables. C’est ce qui rend les résultats de Derichebourg difficiles à lire sans regarder simultanément les cotations des métaux.
Prix de rachat des batteries usagées : ce que le cours des métaux ne détermine pas seul
On suppose souvent qu’une batterie usagée vaut directement ce que valent les métaux qu’elle contient. En pratique, ce n’est pas le cas. Une batterie lithium-ion doit être collectée, transportée dans des conditions spécifiques, déchargée, démontée, puis traitée hydrométhallurgiquement ou pyrométallurgiquement avant qu’une matière valorisable soit isolée.
Chaque étape a un coût. Le prix de rachat d’une batterie usagée résulte d’un calcul de rentabilité net, pas d’une lecture directe du cours du lithium ou du cobalt sur les marchés. Si les exigences de manipulation, d’emballage et de stockage augmentent – notamment sous l’effet des nouvelles réglementations européennes sur les batteries -, le prix de rachat peut stagner même quand les métaux montent.

Le projet de recyclage de batteries avec LG Energy Solution : un moteur futur, pas encore actif
En avril 2025, Derichebourg a annoncé un projet de coentreprise avec LG Energy Solution, visant une capacité de traitement de plus de 20 000 tonnes par an. La mise en service est prévue pour 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.
Ce projet change la lecture à long terme du groupe, mais il ne pèse pas encore sur les résultats actuels. Le recyclage de batteries reste un relais de croissance à venir, pas un moteur déjà intégré dans les marges 2026. Confondre la capacité annoncée avec une production opérationnelle fausse l’analyse de la performance présente.
Pour les entreprises ou les collectivités qui cherchent à anticiper leurs conditions de cession de batteries usagées à Derichebourg, cette échéance de 2027 est pertinente : elle indique quand la filière sera en mesure d’absorber des volumes industriels dans des conditions économiques stabilisées.
Volumes et marges unitaires : les deux curseurs que les cours des métaux ne capturent pas
Le rapport semestriel 2026 distingue deux effets dans la reprise des résultats de recyclage : la remontée des cours et l’amélioration des marges unitaires. Ce second point mérite attention.
Une marge unitaire s’améliore quand le groupe optimise ses flux de tri, réduit les rebuts, améliore le rendement de séparation ou densifie ses zones de collecte. Ces gains n’ont pas de lien direct avec le prix du cuivre ou de l’aluminium : ils viennent de l’organisation industrielle.
- L’effet cours des métaux joue sur la valeur de revente des matières déjà triées : il est immédiat mais volatil, et peut s’inverser d’un trimestre à l’autre sans que Derichebourg puisse l’anticiper.
- L’effet volumes reflète la capacité du groupe à collecter davantage de gisements, notamment en ferrailles : il dépend des dynamiques économiques sectorielles (industrie automobile, BTP, démolition navale) et des contrats remportés.
- L’effet marge unitaire traduit les gains d’efficacité industrielle sur le tri et le traitement : plus stable, plus prévisible, et moins lisible depuis l’extérieur.
Ces trois effets se combinent dans les résultats publiés. Attribuer la totalité de la performance au seul cours des métaux est une simplification qui peut induire en erreur sur la trajectoire réelle du groupe.
Ce que les cours des métaux en 2026 permettent de lire chez Derichebourg
Pour suivre la performance de Derichebourg en temps réel, les cours du cuivre et de l’aluminium restent des indicateurs avancés pertinents. Une hausse soutenue des deux métaux sur plusieurs semaines crée mécaniquement un environnement favorable pour les marges de recyclage du groupe.
Les cours du ferreux (acier, fonte) ont un impact plus direct sur les volumes que sur les marges, parce que Derichebourg est un acteur majeur de la collecte de ferrailles en France et en Europe. Un recul des prix de la ferraille peut décourager les apports et réduire les volumes traités, même si les coûts fixes restent constants.
- Cuivre et aluminium : indicateurs de marge, impact rapide sur la valeur des flux non ferreux.
- Ferrailles et acier : indicateurs de volume, impact sur la densité de collecte et les flux ferreux.
- Lithium et cobalt : encore marginaux dans les résultats actuels, mais à surveiller à partir de 2027 si la coentreprise avec LG Energy Solution entre en production.
La réglementation européenne sur les batteries introduit par ailleurs des exigences de traçabilité et de performance de recyclage qui vont peser sur les coûts opérationnels de toute la filière. Ces contraintes peuvent réduire les prix de rachat proposés aux apporteurs, indépendamment de ce que font les cours des métaux sous-jacents.
Derichebourg n’est donc pas une lecture pure des métaux cotés : c’est un groupe industriel dont la rentabilité dépend autant de sa capacité à collecter, trier et transformer dans de bonnes conditions que des prix auxquels il revend ses matières. Le cours des métaux donne la direction générale, mais c’est l’efficacité opérationnelle qui fixe l’amplitude de la réponse.


