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Chercheur. Au pays des merveilles

Patrick Cormier est biologiste et chercheur à Roscoff. Arrivé à la recherche un peu par hasard, il s’y plonge avec délices, s’émerveille de la richesse de la biodiversité animale et végétale, et s’efforce d’en comprendre la complexité et d’y trouver un sens.


"J
e n’ai jamais vraiment voulu être chercheur. En revanche, au fil de mes études, j’ai peu à peu souhaité creuser davantage un sujet, la biologie cellulaire, qui me passionne. Etre enseignant-chercheur me permet de répondre à ce désir, d’être plutôt bien payé pour çà et de pouvoir rencontrer des gens passionnants. Merveilleux, non ? »
Patrick Cormier est enseignant-chercheur. Il dirige aujourd’hui à la fois l’unité de recherche Mer et santé et l’une des trois équipes de cette unité à la station biologique de Roscoff, liée au CNRS et à l’université Pierre et Marie Curie (Paris 6).



Quand la cellule perd le contrôle

Le premier compagnon de recherche de Patrick Cormier est un oursin. « L’objet du travail de l’équipe est de comprendre les mécanismes fondamentaux qui contrôlent les phases de la division cellulaire. » L’avantage de l’oursin est de pouvoir facilement obtenir de lui (d’elle plutôt, bien qu’il ne soit pas facile de distinguer le mâle de la femelle) un grand nombre d’ovules qui, une fois fécondés, se divisent en quelques heures. « Nous essayons de mettre en évidence ce qui fait qu’à un moment donné, la cellule perd le contrôle de sa division. Nous collaborons avec un médecin du centre d’hématologie de l’hôpital de Brest. Il pratique sur des cellules cancéreuses humaines les mêmes expériences que celles que nous menons sur l’oeuf d’oursin, avec l’objectif de redonner aux cellules cancéreuses sanguines la possibilité de s’autodétruire. »


Chercher à comprendre

Patrick Cormier et son équipe cherchent avant tout à comprendre « comment ça marche ». Si l’une de leurs avancées permet de trouver une application concrète pour la santé, c’est un plus, pas un objectif. « L’intérêt, en recherche fondamentale, est de ne pas savoir ce que l’on va trouver. On s’ouvre ainsi davantage de possibilités de découvrir des choses importantes. La recherche n’est pas linéaire. Il ne s’agit pas de simplement vérifier un certain nombre d’hypothèses. Les résultats de nos observations posent d’autres questions, nous entraînent sur d’autres pistes. »
Curiosité et ouverture d’esprit sont les qualités essentielles d’un chercheur. Avec aussi de réelles capacités d’adaptation. « La biologie est une science qui évolue à toute vitesse. » Le chercheur ne s’isole pas dans son labo. Il est au contraire ouvert sur le monde qui l’entoure, via internet, des colloques, les publications d’autres chercheurs... « Un chercheur lit d’abord beaucoup, explique Patrick Cormier, puis il se pose des questions, émet des hypothèses, fait des expériences, analyse, interprète et exploite les résultats.» Résultats qu’il faut accepter de voir critiquer par d’autres. « La critique est un moteur pour progresser. »


 

 
illu1 350 personnes travaillent à la Station biologique de Roscoff
 

La station biologique de Roscoff fête ses 140 ans en 2012
En 1872, Henri de Lacaze Duthiers, professeur à la Sorbonne, fonde à Roscoff le «laboratoire de zoologie expérimentale». Ses objectifs : la recherche, l'enseignement et l'accueil. Le choix de Roscoff s'explique par la grande biodiversité végétale et animale, l'accessibilité du site à marée basse avec des horaires de marées favorables, une luminosité permanente même l'hiver et aussi la présence du train qui permet une proximité avec Paris. A partir de 1883, une ligne directe entre les deux villes est construite. Après la seconde guerre mondiale, le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) implante le Centre d'étude d'océanographie et de biologie marine. En 1985, la station biologique de Roscoff devient l'école interne n°37 de l'Université Pierre et Marie-Curie (UPMC), et acquiert le statut d'observatoire océanologique de l'Institut national des sciences de l'univers (INSU).
350 personnes environ travaillent aujourd’hui à la station, chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, doctorants et post-doctorants.

L'UPMC propose à Roscoff la préparation d'une licence bidisciplinaire biologie-mathématiques.
Plus d’infos sur www.sb-roscoff.fr

 

La recherche, un sport d'équipe

Patrick Cormier dirige une équipe composée de cinq chercheurs, de deux techniciens de laboratoire chargés de préparer et conduire les expériences, et aussi de deux doctorants, étudiants salariés en train d’élaborer leur thèse de doctorat. « Je ne suis rien sans l’équipe. Un chercheur ne travaille jamais seul. A côté de mes activités de recherche pure, je propose les orientations de notre activité, je trouve des financements, j’organise aussi la communication de nos travaux, colloques, publications... Souvent, un collègue vient me poser une question concernant ses travaux, sur un résultat qu’il ne comprend pas par exemple. Il faut pouvoir répondre. Le fait d’être moi-même chercheur me donne de la crédibilité, ça aide dans la management de l’équipe.»


100 % recherche + 50 % enseignement

Emploi du temps chargé pour Patrick Cormier. En plus de ses activités de chercheur, de responsable d’équipe et de directeur de l’unité de recherche Mer et santé, il enseigne aussi la biologie cellulaire à des étudiants de licence, et aussi à des élèves infirmiers. Sans compter quelques conférences de ci de là, dans des universités du temps libre par exemple. « Mon emploi du temps, c’est 100% recherche plus 50 % enseignement ! J’aime enseigner. C’est pour moi presqu’aussi important que la recherche. C’est une stimulation, une remise en question. Et aussi une forme de reconnaissance quand mon public accroche. »


 

Du plaisir à chercher

Enseignement, recherche, direction d’équipe... Peu de place pour les loisirs dans la vie de Patrick Cormier. « J’ai un bateau mais je n’en profite pas souvent. J’ai quelques loisirs, mais il est vrai que je suis très investi dans mon activité. La journée d’un chercheur est incompatible avec des contraintes horaires, surtout en biologie. Quand une cellule décide de se diviser à 20h, on reste au labo... Je travaille environ 60h par semaine, et je ne suis pas le seul. Les étudiants en doctorat de mon équipe arrivent en général vers 9h à la station ; ils en repartent rarement avant 21h et travaillent parfois aussi le week-end. La recherche est une drogue ; on est tous un peu « accros » dans cette activité. Mais, pour qui aime la biologie, c’est fantastique de travailler ici. Nous prenons un vrai plaisir intellectuel à nous confronter à des questions très complexes. »
"Je n'ai jamais voulu être chercheur..."
De la cuisine à l’oursin. Parcours d’un chercheur


Cuisine. En troisième, on avait conseillé à Patrick Cormier de s’orienter vers un métier manuel, la cuisine par exemple, le collégien n’étant apparemment pas fait pour suivre des études longues... Passant outre ce conseil avisé (!), le futur chercheur entre au lycée et prépare un bac scientifique avec une dominante sciences de la vie.

Chirurgie. En terminale, il souhaite devenir chirurgien, attiré par la double compétence manuelle (le conseil de 3e n’était peut-être pas si mauvais...) et intellectuelle, par l’acquisition de connaissances de haut niveau en biologie. Après un échec dans ses premières années de médecine, il se réoriente vers une licence de biologie, passe une maîtrise à bac+4 et quitte la Normandie pour l’université parisienne Pierre et Marie Curie (Paris 6), dans laquelle il va préparer un doctorat.

Dissection. Il n’a pas alors de vraie vocation pour la recherche. Ni pour un autre métier d’ailleurs, même si certains de ses profs de licence détectaient déjà en lui un futur enseignant. C’est un stage dans un laboratoire qui déclenche en lui un solide intérêt pour la biologie cellulaire. Il veut disséquer (le chirurgien se réveille-t-il en lui ?...) les mécanismes cellulaires.

Enseignement. Reçu dans les premiers de sa promotion, il soutient sa thèse, devient ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) à Paris 6, puis maître de conférence deux ans plus tard. Après trois années d’enseignement, il obtient son habilitation à diriger des recherches (HDR) et débarque en Bretagne à la station biologique de Roscoff qui dépend de cette université.

Oursin. Le chercheur est lancé. Il part un an au Canada avec femme et enfants dans la célèbre université Mc Gill, histoire de creuser un peu plus son sujet en se confrontant à des chercheurs de très haut niveau, puis revient sur la côte nord bretonne pour ensuite prendre la direction de son équipe de recherche qui travaille sur les oeufs d’oursin. Dernière évolution : il devient directeur de l’unité Mer et santé qui englobe trois équipes de recherche. Ce qui lui permet d’être davantage impliqué dans les orientations de la politique générale de recherche de la station.

 

 

 

 
 

 

Publié le 29/02/2012