Ce que j’aime dans mon métier, c’est la variété, explique Florian mécanicien au Chantier naval de la plaisance au port des Bas sablons à Saint Malo. Il y a beaucoup de moteurs différents et les montages, les périphériques sont adaptés à chaque bateau. Nous réparons les moteurs hors bord à l’atelier. Par contre, les moteurs in bord ne sont démontés que pour les grosses réparations. Nous travaillons donc directement sur le bateau ou sur le chantier quand il faut le sortir de l’eau pour accéder à certaines pièces. Les tâches sont multiples. Cela va de l’entretien courant, comme les vidanges ou la préparation des moteurs pour l’hiver jusqu’à des réparations plus complexes."
Tout démarre souvent par le coup de téléphone d’un client « Nous notons, alors, le type de moteur, l’intervention demandée. Si nécessaire, le mécanicien se rend sur le bateau » explique Eric Charpy directeur du chantier « Nous avons, pour chaque marque de moteur, des logiciels qui permettent après essai et contrôle de diagnostiquer les dysfonctionnements. Mais ils ne disent pas comment les traiter ! continue Florian, c’est à nous de trouver la solution. Il faut être autonome et capable de prendre des responsabilités. Cependant, quand nous avons de gros soucis, nous appelons les techniciens propres à chaque marque de moteur. » Ensuite il faut évaluer le temps de travail et trouver sur ordinateur les pièces nécessaires afin de chiffrer l’intervention. Après accord du client, les trois mécaniciens de l’entreprise se répartissent le travail en fonction des échéances.
Le travail est rythmé par les saisons. Les mois de septembre à janvier-février sont davantage occupés par des travaux d’entretien, d’hivernage des moteurs ou de grosses réparations. De mars à mai, il y a beaucoup de nettoyage et de peinture sur les coques. De mai à août, c’est la haute saison avec beaucoup plus de dépannage.
Florian peut aussi installer des équipements neufs.
« Aujourd’hui, précise-t-il , j’assiste, avec les affaires maritimes, aux essais en mer d’un bateau en coque aluminium, destiné à faire de la recherche sur les fonds marins. J’y ai réalisé la motorisation et l’installation électrique. Sur ce type de projet, il faut anticiper dès la construction pour adapter le système aux besoins du client. Ainsi, le moteur fournit de l’électricité à 12 volts qui sera transformée en 220
volts puis en 24 volts pour alimenter le treuil de la grue installée sur ce bateau particulier. J’ai aussi travaillé avec le constructeur pour rectifier la coque à l’arrière en fonction du poids et du positionnement du moteur ou encore pour faciliter l’entretien en prévoyant, par exemple, des trappes latérales d’accès au moteur.
Les mécaniciens sont spécialistes avant tout en moteurs marins mais ils sont aussi très polyvalents. Ils sont capables de conduire un bateau, d’utiliser les engins de levage pour le sortir de l’eau si besoin, de nettoyer les coques, de mettre de l’antifouling, c'est-à-dire de la peinture anti-salissure, de souder ou de réaliser des travaux de résine. « En fait nous essayons de répondre au mieux à tous les besoins de nos clients, déclare Eric Charpy. Souvent nous avons la clé des bateaux et le client nous appelle pour nous demander de le mettre en hivernage ou de le préparer et de le mettre à quai pour qu’il n’ait plus qu’à partir quand il arrive.». « C’est un métier où il faut être très diplomate et quelquefois prendre sur soi, commente Florian. Dans la plaisance, nous avons des clients passionnés avec qui nous pouvons plaisanter ou discuter mais nous avons aussi des clients maniaques qui veulent que la cale moteur brille comme leur cuisine ou qui nous prennent de haut. Il faut savoir rester calme face aux exigences de certains…. »
« C’est un métier intéressant où j’apprends chaque jour, conclut Florian mais qui est vraiment dur physiquement. L’hiver je suis souvent dehors dans le froid et le vent et il n’est pas rare d’avoir lemal de mer même à quai ! De plus les positions de travail sont très inconfortables. Il faut être un peu contorsionniste, je travaille dans des espaces très étroits et je pose seul des pièces lourdes à bout de bras. C’est mauvais pour les articulations ! Rien qu’une batterie peut peser 60 kilos. La part de rêve, c’est quand je ramène un bateau à son port. J’ai ainsi conduit des navires d’exception, mais c’est aussi frustrant car on ne va jamais assez loin ! » Découvrez les activités du chantier naval
Publié le 19/01/2012