"A 29 ans, j'ai décidé que je serai danseur." Déroutant, le parcours de Thierry Micouin, aujourd'hui danseur, vidéaste et chorégraphe. Après un bac scientifique, il entre en médecine sans se poser trop de questions, huit ans d'études, l'internat... "J'étais plutôt sportif, je faisais un peu de gym, un peu de danse aussi... J'étais fasciné par le métier de danseur, mais sans envisager de le pratiquer un jour." C'est un accident dans un véhicule du SAMU, lors d'une intervention, qui le fait quitter la route empruntée jusque là. "Je me suis promis, si je m'en sortais, de faire ce qui me plaisait vraiment."
Son rêve, c'est la danse contemporaine. Thierry stoppe la médecine. "Pendant deux ans, j'ai pris trois cours de danse par jour." Contemporaine, classique, plus un cours avec un chorégraphe et une formation théâtrale en prime. "J'étais très mauvais, mais mes professeurs m'encourageaient." Un stage avec deux danseurs de Pina Bausch le pousse, s'il en était besoin, à persévérer. "Ce fut un grand choc, ils m'ont beaucoup aidé."
Après ces deux années d'intense préparation, arrivent les premières auditions. "J'en ai ratées, j'en ai réussies aussi. Rater une audition est très difficile à vivre. Je me remettais sans cesse en question, ce qu'il ne faut surtout pas faire. Trop déstabilisant." Après des premiers pas dans de petites compagnies de danse, Thierry est admis au Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne (CCNRB). Il y restera sept ans.
Au CCNRB, Thierry participe à la création et à la diffusion des spectacles. "Il faut beaucoup lire, se documenter, visiter des expos, des musées, voir des films, des spectacles... S'imprégner des créations de différents artistes, observer la société. Le danseur ne crée pas dans sa bulle." Comme tout sportif de haut niveau, le danseur entretient au quotidien son outil de travail. "Je nage beaucoup. Avant chaque répétition, je m'échauffe pendant au moins deux heures. Et je continue à prendre des cours chaque jour quand je ne travaille pas ; j'apprends toujours."
Situation. Travailler au centre chorégraphique est une situation relativement confortable. "On peut prendre le temps de peaufiner une création sur six mois." Confort aussi, relatif, au niveau financier. "J'ai le statut d'intermittent du spectacle et des revenus réguliers qui m'autorisent un quotidien décent, ce qui n'est pas le cas d'amis danseurs qui vivent du RMI."
Ambition. "Le temps passe très vite dans ce métier. Difficile de danser jusqu'à la retraite. Le corps vieillit ; il y a aussi les blessures. L'évolution logique consiste à devenir chorégraphe, mais les places sont rares. Certains danseurs s'orientent vers les techniques de soin et d'entretien du corps. D'autres vont vers l'enseignement." Thierry a d'autres ambitions. "Mon rêve, c'est d'avoir un lieu à moi pour créer, danser, enseigner, monter des expos..." Un autre rêve à mettre en scène...
Des infos
Le Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne : www.ccnrb.org