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Une chercheuse aux champs

Karine exerce son métier dans un environnement très masculin : la recherche sur la pomme de terre. une vocation bien assumée...

 

Karine Charlet-Ramage travaille presque exclusivement avec des hommes. Responsable technique d’expérimentation sur un virus de la pomme de terre, elle est détachée à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) au Rheu, près de Rennes, par le GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants).

 

Un encouragement et une aide financière

 

Très jeune, Karine a toujours aimé les loisirs masculins, le bricolage par exemple. Elle n’a pas hésité à choisir une filière "masculine" après la terminale. "En troisième, je ne savais pas quoi faire, se souvient-elle. Comme j’étais bonne en biologie, j’ai choisi un BTA (Brevet de technicien agricole) de laboratoire." Elle se rend compte qu’elle n’aime pas être à l’intérieur, en laboratoire. Aimant jardiner et dessiner, elle choisit un BTS de l’horticulture dans l’optique de réaliser des créations de jardins. Pour entrer dans cette formation, elle remporte alors le prix de la vocation scientifique et technique des femmes. "J’étais très fière. C’était un peu une revanche. En seconde et première, j’étais mal dans ma peau et j’ai eu quelques difficultés d’intégration. Ce prix était un encouragement et une aide financière bienvenue." En BTS, elle découvre un débouché différent de celui qu’elle avait imaginé. Lors des stages, elle s’aperçoit qu’il s’agit beaucoup plus de travaux d’exécution et d’entretien. Elle constate que, pour évoluer, la seule solution est de créer son entreprise. Elle se tourne alors vers le BTS Technologies végétales, pour pouvoir participer à des travaux de recherche sur les végétaux. Déjà titulaire d’un BTS, elle prépare ce diplôme en un an. Elle effectue son stage de fin d’études à l’INRA où elle est ensuite détachée en tant qu’employée du GNIS.

 

Dix femmes sur trois cents personnes

 

"En général, il y a peu de femmes dans ce secteur et on les trouve plutôt au laboratoire, explique Karine. Mon poste nécessite que je passe les deux tiers de mon temps environ sur le terrain." Elle teste en pleins champs la réaction de différentes variétés de pommes de terre à un virus particulier. Elle est donc en contact avec les agriculteurs volontaires pour mettre une parcelle à disposition. "Avec eux, il faut tout de suite parler technique, s’intéresser à leur exploitation. On est jugé là-dessus, surtout quand on est une femme. Une fois acceptée, par contre, l’accueil est toujours très bon. Le fait que je sois une femme les rend très attentifs. Beaucoup mettent à ma disposition des locaux pour me changer, par exemple."

Il faut aussi savoir impliquer les agriculteurs dans l’expérience. Ils ont une compensation financière à l’immobilisation d’un terrain. Mais les volontaires sont surtout intéressés par l’évolution et les résultats des tests. Ce sont en général des gens passionnés par leur métier. 

Karine participe à différentes réunions. Il s’agit de rencontres avec les créateurs de variétés de pommes de terre à propos de son programme de recherche. Elle est présente aussi aux manifestations qui concernent les producteurs de plants et de pommes de terre. "Lors de ces réunions, il n’y a pratiquement que des hommes. C'est pareil pour les formations que je fais pour les techniciens de terrain." A l’INRA aussi, son environnement est masculin. Son responsable est un directeur de recherche. Les autres personnes de l’équipe, quatre chercheurs, trois techniciens et des thésards, ne travaillent pas sur le même variant du virus qu’elle. Elle propose des protocoles d’expérimentation et un des chercheurs lui donne son avis. En cas de problème, elle peut réfléchir avec lui et ses collègues.

 

"J’ai aussi des loisirs féminins…"

 

Le directeur, qui fait des recherches bibliographiques, lui transmet les documents intéressants sur le sujet qu’elle étudie. "Je n’ai jamais eu de problème relationnel avec les hommes. J’ai autant d’amis des deux sexes. Le fait d’exercer un métier plutôt masculin ne me gêne pas. A côté de ça, j’ai aussi des loisirs féminins, la danse, la couture, et j’aime me maquiller ! Même si je fais du kart et que je conduis une moto..." Seule difficulté qu’elle relève, la pénibilité physique des travaux : planter et récolter à la main, porter des sacs de 25 kg et plus… Heureusement, il y a des aménagements possibles : être deux pour les plantations, mécaniser au maximum les récoltes et employer des saisonniers. Et ces inconvénients restent mineurs. Karine apprécie de pouvoir trouver dans son métier tout ce qu’elle aime : être proche de la nature, du monde agricole, travailler dehors et être en contact avec des gens.